30 Juin 2020

Martin Barré aux limites de l'immatériel

Martin Barré

Au milieu des années 1980, Angers comptait une poignée de fervents défenseurs de l’art de leur temps. Partageant la même passion, ils échafaudèrent un projet : celui de se regrouper afin d’échanger sur ce domaine, tout en acquérant des œuvres à titre individuel. L’association Présence de l’art contemporain en Anjou était née. Depuis, elle s’est montrée très active, en organisant des expositions dans des musées ou des lieux aussi divers que les espaces publics de la région, afin de partager des œuvres provenant souvent des collections de ses membres. Pour certains d’entre eux, il s’agissait de rassembler des exemples de l’abstraction lyrique des pionniers de l’après-guerre, tels Hans Hartung et Gérard Schneider ; d’autres ont choisi la figuration revisitée par Robert Malaval ou Peter Klasen… Quant au collectionneur angevin dont on disperse ce mardi 16 mai les coups de cœur, il a privilégié des expressions plus immatérielles, campant bien souvent aux limites du minimalisme. Aux côtés d’un pastel Sans titre de Vaclav Bostik et d’une toile de John-Frankin Koenig, Dedacrys, se détache ainsi cette gouache de Martin Barré, sobrement intitulée Composition et datée 1958. En pleine vogue d’une «gestuelle» abstraite prônée par un Georges Mathieu, la réflexion de l’artiste s’inscrit déjà sur un territoire formel situé à l’opposé, et alors peu exploré.

Univers ouvert, mais émotion interne

 

Martin Barré, à l’écart de toute école, se fait remarquer dès 1955, quand il expose à la galerie parisienne La Roue ses premières toiles, simples figures géométriques aux teintes neutres. Dès lors, il va développer un art qui n’explore que son propre univers, dans une réflexion sur l’espace donné du tableau, à l’exception de toute idée ou sujet extérieurs. Le support lui-même (le plus souvent la toile badigeonnée de blanc) participe de l’effet, parce qu’il apparaît toujours entre les motifs, sans jamais les réunir. L’artiste tire des lignes imaginaires traits noirs comme tracés avec une règle, ou réalisés à la bombe aérosol , qui flottent dans l’espace. Parfois, ce sont juste des empreintes, qui se poursuivent sur d’autres petites toiles satellites. Plus tard, se renouvelant sans cesse, le créateur saura user des couleurs pures (du bleu, du rouge et du jaune), appliquées directement au sortir du tube de peinture. Dans notre Composition, l’émotion naît d’un simple quadrillage sombre souligné de gris et de brun ; traitée à la manière d’un affleurement, cette image archétypale semble pourtant surgir du fond du papier. Parfois incompris de ses contemporains, parce que trop avant-gardiste sans doute, Barré influencera toute une nouvelle génération de plasticiens. Le conservateur et historien de l’art Alfred Pacquement le constatait dès 1985 : «Cette œuvre silencieuse, qui rejette le spectaculaire, est profondément respectée par certains artistes plus jeunes.» Des plasticiens dont les recherches sont en parfaite adéquation avec les siennes, parmi lesquels on peut citer par exemple les Américains R. H. Quaytman et Wade Guyton, nés respectivement en 1961 et 1972.

 

 

 

 

La galerie ETC est une galerie d'art minimaliste et sensible. Historiquement situé dans le Marais à Paris (28 rue Saint-Claude, 75003 Paris), elle représente les artistes Frédéric Benrath, Claire Chesnier, Claude Chaussard, Jean Degottex, Charles Pollock, Albert Hirsch, René Guiffrey et Max Wechsler et vous accueille du mardi au samedi de 11 heures à 19 heures.