undefined 17.II.2015

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Huile et acrylique sur toile

140 x 140 cm

© Stéphane Bordarier

24 Fév. 2021

Violet de Mars

Stéphane Bordarier

Par leur technique, les peintures Violet de Mars s’apparentent à la fresque. Une couche de pigment posée sur une préparation à la colle va être fixée par la prise de cette colle. De même, dans la fresque, le pigment est fixé au mur par la prise de la chaux sur laquelle il a été appliqué. La prise de la colle me laisse peu de temps pour travailler. La transformation du ton de la surface, qui pâlit – un effet non seulement optique, mais tactile et sensuel – annonce ce début du séchage. Je suis « chassé » de la toile par la prise, c’est elle qui détermine l’achèvement du tableau. Le travail consiste, dans le temps ainsi imparti par une contrainte technique, à fabriquer la couleur sur la toile. C’est la fabrique de la couleur qui modifie le dessin intérieur et celui des limites de la forme. Fabriquer la couleur se fait sans aucune idée de composition ou volonté expressive ; la peinture occupe la surface pour manifester la couleur.

 

Au cours de ce travail avec le Violet de Mars je suis passé de la fabrication de formes s’appuyant sur les bords du tableau à une expansion de la couleur au terme de laquelle l’existence d’une forme est un résultat secondaire. La découpe de la forme devient dans ces peintures une limite aléatoire, évitant le recouvrement total de la surface par la couleur, le all-over (qui engagerait la peinture dans un autre espace, physique et mental). L’essentiel tient alors uniquement à la qualité particulière de la couche picturale. Ni imprégnation de la toile, ni film sur la surface, la couleur est un feuilletage de couches plaquées, collées au support, ramenées par la prise à un plan unique. Dans ses diverses parties, colorées ou non, le tableau présente une surface uniformément sèche, continue et sans épaisseur ; il n’en montre pas moins la succession des passages de couleur. La qualité particulière de la forme peinte est créée par sa profondeur, par l’espace compressé des couches colorées.

 

L’utilisation exclusive d’un pigment Violet de Mars ne témoigne pas d’un choix symbolique ou expressif. J’ai vu, en Ombrie, des champs de tournesols fanés. Peu avant la tombée du jour, le brun-gris des fleurs devient violet, ou plutôt d’une indicible couleur qui tend vers le violet en même temps que vers le gris et le brun. Le violet est renforcé par le jaune pâle des plantes. Lorsque l’on commence à s’habituer à la lumière, à sa subtilité, en s’efforçant de discerner la couleur, la nuit tombe et avec elle arrive l’impossibilité de voir. Il faut comprendre ceci sans romantisme, comme une expérience physique de la couleur. L Violet de Mars de mes peintures ne vient pas de cette sensation lumineuse, il y mène.

 

La surface des peintures est sèche, poudreuse, profonde et « plaquée » par l’effet de prise. La couleur est changeante à la lumière, et préparée différemment d’un tableau à l’autre.

 

Ces caractères superficiels, non reproductibles, sont essentiels à mon travail.

 

Stéphane Bordarier, mars 1997