1 Juin 2020

De la peinture

Maurice Benhamou

Barré - Degottex – Casadesus – Chaussard – Fredrikson – Wechsler – Hirsch

 

L'ensemble proposé par cet accrochage pourrait l'être comme une voie de ressourcement de la peinture. L'envergure de ses recherches, la force, parfois la violence de ses engagements radicaux pourraient aider à extraire l'art des bourbiers où l'ont enlisé la tentation sociologique, le désir de la communication, la folie du “financial art”, et toutes les dérives simplistes prétendument populaires qui l'ont parfois conduit jusqu'à la bouffonnerie.

 

Tous ces errements portés par un conformisme international sont devenus le nouvel académisme lequel, comme tous les académismes, sombrera inévitablement dans le ridicule.

 

Le travail de Barré, Degottex, Casadesus, Chaussard, Fredrikson, Hirsch, Wechsler est parfois poussé à l'extrême. L'épurement formel parvient alors à une exténuation qui peut susciter chez le regardeur une sorte de brusque tressaillement de l'être, expérience sans aucun équivalent que seul nous donne le véritable art de la peinture.

 

Ce travail produit par un individu seul s'adresse à un individu seul.

 

"Hérésie, l'art pour tous,!" disait Mallarmé. Mais l'art pour une élite est aussi une hérésie. L'art est pour chacun. Plus précisément pour chaque “un”. Il ne parle que d'âme à âme. Il n'y a rien à expliquer. Il y a à méditer et à aimer. La contemplation d'un tableau est un long entretien au-delà du langage.

 

Ces sept artistes, dont la présence est d'une égale intensité ont chacun un univers original particulier.

 

Il y a pourtant des affinités. Par exemple entre Degottex et Casadesus . Tous deux furent marqués par la pensée du Japon et le Zen. Au delà du geste, ils cherchent le Vide. Deplus leur souci d'artisanat les pousse à souvent fabriquer eux-mêmes leurs outils.

 

Chez Chaussard et chez Fredrikson l'on trouve la même sensibilité d'écorché vif qui s'exprime en un mélange de violence et d'extrême douceur dans un monde précaire et toujours menacé d'on ne sait quels séismes.

 

Quant à Max Wechsler et Albert Hirsch, tous deux rescapés de la férocité nazie, ils créent un art des profondeurs en des œuvres apparemment légères et dansantes dont on peut dire qu'elles n'ont ni dehors ni dedans.

 

Pour ce qu'il en est de Martin Barré, il est, par son minimalisme organique, d'une proximité fondatrice avec tout le groupe qui l'entoure.

 

Il se tient au plus près de la véritable source de tout art : les "mains négatives" de l'art pariétal dont s'inspire directement la série des "zèbres". Que nous disent-elles d'essentiel ? Elles sont représentées les paumes ouvertes vers le haut, dans une situation où la main ne peut ni servir ni saisir. L'Art, nous montrent-elles, doit être désintéressé. dégagé, désinvesti de toute cause.

 

" Celui qui ne perçoit pas l'art comme étranger au monde ne le perçoit pas du tout" disait Adorno très proche en cela de la pensée de Proust."

 

Texte de Maurice Benhamou extrait du catalogue de l'exposition inaugurale "De la peinture", 24 janvier - 30 mars 2019

 

 

 

 

 

La galerie ETC est la galerie de l'art minimaliste et sensible. Historiquement situé dans le Marais à Paris (28 rue Saint-Claude, 75003 Paris), elle représente les artistes Frédéric Benrath, Claire Chesnier, Claude Chaussard, Jean Degottex, Charles Pollock, Albert Hirsch, René Guiffrey et Max Wechsler et vous accueille du mardi au samedi de 11 heures à 19 heures.