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Claude Chaussard ou l’éloge de la blancheur maîtrisée

avril 2020

Texte extrait de Point d’Appui

Claude Chaussard ou l’éloge de la blancheur maîtrisée

N° 272, juin 1995

Sur le blanc, le regard se pose et se repose. Mais ce blanc n’est qu’illusion : il bouge, il vit; parfois même il agite nos pensées… Du 9 au 23 juin, Claude Chaussard, artiste, peintre, architecte, enseignant, ermite et grand penseur expose ses blanches toiles à l’Hôtel de Ville pour le plaisir du pur et de l’épure. Pour celui des mots, Claude CHAUSSARD nous a confié ses pensées.

« J’ai toujours voulu faire de la peinture et quand on n’est pas du milieu, rien n’est facile. » Aussi, Claude Chaussard contourne le problème. Pour la satisfaction de tous, il devient architecte et, pour son propre plaisir, il s’essaie aux pinceaux. Ainsi, tout au long de son parcours, cet artiste isséen cache un atelier de peinture. « Quand on a 20 ans, on est sous influence, à 40 ans on se découvre soi-même. » Les débuts de Claude Chaussard sont colorés, puis, au fil des années et de sa recherche intérieure, les tons violents perdent leurs illusions. Peu à peu, l’artiste fait tomber le masque, c’est une croissance vers la lumière. Là où l’écrivain a peur du vide et de la page blanche, l’histoire de Claude Chaussard commence.

Il dessine à la mine d’argent sur des fonds longuement préparés par des ponçages successifs. Lorsque ces particules impures s’envolent dans son atelier, le peintre se concentre et sa main comme une lame fine trace avec précision une ligne droite. Maurice Benhamou, critique d’art, explique alors que cette « percée au sein du blanc transforme l’espace en espace-temps ». Elle respecte les hasards et les nécessités du tracé, rendant compte en chemin, des élans dans la surcharge et des craintes dans les effleurements. Claude Chaussard se concentre sur la technique. Il joue du mercure, de l’huile dépigmentée, de la pointe d’argent. Il s’amuse et s’interroge sur les effets de la lumière et sur les transformations des produits insolites qu’il utilise. Ses toiles sont mûries et elles nécessitent de nombreuses recherches. Ainsi, un simple trait ou un trait qui nous semble simple, laisse imaginer un corps de femme, une courbe délicate ou l’empreinte de l’âge.

La marque presque blanche qu’il imprime sur la toile, évolue, elle se dilate ou se contracte au gré de la lumière. « J’aime que le tableau m’échappe, qu’il vive », explique l’artiste et pourtant, il sait exactement ce qu’il va faire… Pour lui, peindre est une profession de foi. Parfois même une thérapie! Il prétend cela tout en baissant les yeux, il sait que certains qualificatifs font peur et surtout il préfère travailler plutôt que de parler de lui-même. Pour lui, peindre est un état d’esprit avant d’être un métier. Il souhaiterait que l’architecture qu’il enseigne par ailleurs, soit ressentie de la même façon. Claude Chaussard a un grand respect pour les autres et il ne manque pas de rappeler à ses étudiants combien il est important, lorsque l’on bâtit, de se souvenir que, quoi qu’il arrive, des individus vivront dans les œuvres de l’architecte!

La vie de chacun est rythmée de rencontres. Au travers de l’exposition que Claude Chaussard nous offre, il rend hommage à monsieur et madame Boissier qui lui ont donné une première chance en le laissant exposer dans leur galerie très parisienne de la rue de l’Université. Plus jeune, il rêvait d’y rentrer. Aujourd’hui, c’est chose faite, Claude Chaussard est connu et reconnu…